"TREES FOR MEMORIES", À LA "VILLA EMPAIN", JUSQU'AU 24 OCTOBRE

écrit par YvesCalbert
le 30/06/2021

En sa "Villa Empain, Centre d’art et de dialogue entre les Cultures d’Orient et d’Occident", à Ixelles, la "Fondation Boghossian" accueille l'exposition "Trees for Memories" qui réunit des œuvres particulières de 31 artistes, d'après une idée de Volker-Johannes Trieb, ayant pour point de départ commun un bloc de chêne carré (30 x 30 x 30 cm), ce bois étant issu d’une section du front de la guerre 14-18, en Alsace.

Si au rez-de-chaussée et au premier étage de la "Villa Empain", nous pouvons découvrir une autre exposition temporaire, "Icons", c'est au sein de son "Project Space", sis au sous-sol, que "Trees for Memories" attend notre visite, ces deux expos étant accessibles jusqu'au dimanche 24 octobre.

"Trees for Memories" rassemble des artistes qui se sont unis pour donner voix au bois, afin que les arbres puissent raconter leur histoire. Cette exposition cherche à définir un modèle de coexistence pacifique et non-violente : en présentant les œuvres d’artistes mondialement réputés, tous issus de pays ayant participé militairement à cette Première Guerre mondiale, elle proclame la capacité de l’art et des artistes à changer le monde et à permettre une coexistence plus pacifique.

Ces blocs de chêne portent encore en eux les stigmates de la guerre. Par les blessures qui leur ont été infligées, les fragments de projectiles en métal encore incrustés à l’intérieur, ainsi que le noircissement de leur surface, ces blocs de bois sont à la fois des reliques et des témoins de la guerre.

Selon la créativité de chaque artiste, l'oeuvre, à l'intérieur de ces blocs, peut présenter des témoignages authentiques de l'époque, telle une prothèse, des cannes ; avoir la forme de cercueils ; mettre en scène un crâne argenté et deux oiseaux empaillés, l'un doré et l'autre noir ; utiliser de la fibre de verre, du silicone, du textile, des brabellés, des chaînes ou des clous, à moins que certaines créations ne soient des sculptures en bois ...

Notons que chaque oeuvre est accompagnée d'une citation de son créateur. ainsi l'Allemand Günther UeckerWendorf/1930) écrit : « L’art ne peut pas sauver les gens. Cependant, il rend le dialogue possible, ce qui convoque l’action qui peut préserver l’humanité. »

Lors de la visite de presse, le jeudi 03 juin, nous avons interrogé le commissaire, sur l'inspiration de l'artiste, Günther Uecker, concernant son oeuvre, sans titre. "Lors de la Seconde Guerre mondiale, ses parents, qui avaient souffert du Premier Conflit mondial, avaient clouer des planches sur toutes les fenêtres de la maison familiale, tous ces clous l'ayant marqué, alors qu'il était alors adolescent", nous confia Mahijs Visser.

Accompagnant son oeuvre "Eye Bullets", l'artiste chinois Huang Yong Ping (1954-2019) écrivit, quelques mois avant son décès : "Jetons un nouveau regard sur le monde à travers leurs yeux", sa création dévoilant des yeux en fibre de verre incrustés dans le bois. Il nous précisait : "Il y a des trous, des noeuds naturels dans le bois, qui s'appellent des yeux de bois, qui selon mes recherches, ont le même diamètre que les trous résultants des balles utilisées durant la Première Gruerre mondiale ..."

De son côté, le sculpteur thaïlandais Rirkrit TiravanijaBuenos Aires/1961) nous confie : "Etant un socialiste, je ne suis pas inquiet au sujet du socialisme. Je m'inquiète des dictateurs qui se placent, chacun, dans un Etat socialiste, pour leur seul bénéfice."

Ayant réalisé "Tortured Larva of the Human Being", l'artiste ukrainien Aljoscha BlauGlukhov/1974) a un message d'espoir : "Les gens heureux ne sont pas agressifs. Pour cela, nous devons provoquer un changement d'éthique humaine, en réduisant ou même abolissant la souffrance ... Pour abandonner des conflits de toutes sortes, nous devons réaliser une chose : les gens ont besion d'être heureux ...", ce que nous réalisons d'autant mieux à l'heure présente, après une longue privation de vie associative et culturelle.

Wim BothaPretoria/1974), créateur sud-africain, a écrit, quant à lui : "Il est surprenant de constater à quel point nous pouvons être anti-humains, à quel point, lorsqu'on leur en donne l'occasion, les victimes deviennent, elles-mêmes, des oppresseurs, engendrant un nouveau cycle de révolte, de répression et de fanatisme ..."

Accompagnant "The Disappering Boys" (un petit cercueil, contenant une figurine de soldat jouant du tambour), l'artiste irlandais Sean ScullyDublin/1945) nous transmet ce message : "La guerre est une folie, qui n'a jamais résolu le moindre problème entre individus et ne le fera jamais. La guerre crée la guerre. La tolérance crée la tolérance ..."

Emilia (°Dnipropetrovsk/née Lekach/1945) & Ilya Kabakov (°Dnipropetrovsk/1933), artistes russes ayant réalisé "The Memories about War", écrivent : "La peur est la raison qui nous pousse à produire de l'art, expression de la liberté."

Le sculpteur indien Anish KapoorBombay/1954) a réalisé un "santuaire pour les morts, les blessés et à la mémoire des laissés pour compte", écrivant : "Soyons vigilants, cela peut et va se reproduire, si nous le permettons."

D’abord présentée en Allemagne, en 2018, au "Varusschlacht Museum", à Kalkriese, puis au "Bundestag", à Berlin, cette exposition itinérante sera proposée, en novembre 2021, au "Parlement européen", à Bruxelles, ainsi qu'en 2022, à l' "Organisation des Nations Unies" ("ONU"), à New York.

Soulignons que le commissaire, Mattijs Visser La Haye/1958) - qui suivit des études d’architecture, à Delft -, directeur de la "Biennale Socle du Monde", à Herning, au Danemark, fut le directeur des expositions, de 2001 à 2008, du "Museum Kunst Palast", à Düsseldorf, ayant présenté des expos consacrées à Michelangelo Merisi da Caravaggio, Jean Dubuffet & l'Art brut, ainsi qu'à Andy Warhol. Depuis 1984, il organise des performances et des expositions, présentant les œuvres d’artistes tels que El Anatsui, Laurie Anderson, Wim Delvoye, Ingar Dragset, Michael Elmgreen, Jan Fabre, Carsten Höller, Ilya Kabakov, Anish Kapoor, Sooja Kim, Robert Mapplethorpe, Helmut Newton, Tino Sehgal, Spencer Tunick et Robert Wilson. Chercheur à l' "Institut d'Archéologie contemporaine"à Anvers, il co-organisa, en 2009, à la "Bienale de Venise", une importante rétrospective du mouvement japonais "Gutai".

A l'occasion de cette prenante exposition collective, il écrit : « Les arbres ont été les témoins silencieux de la Première Guerre mondiale. S’ils pouvaient prendre la parole, ils nous raconteraient une histoire faite de souffrances indicibles. Certains ont été touchés par des armes d’artillerie, d’autres par des grenades ou par des balles de fusil ; tous ont assisté aux mêmes horreurs. Pendant un siècle, les traces de ces évènements sont restées cachées sous l’écorce des arbres, jusqu’à aujourd’hui. »

Oeuvres exposées à la "Villa Empain", créées par : Miroslaw Balka (Pologne), Aljoscha Blau (Ukraine), Jean Boghossian (Arménie), Christian Boltanski (France), Monica Bonvicini (Italie), Wim Botha (Afrique du Sud), Greta Bratescu (Roumanie), Pedro Cabrita Reis (Portugal), Tony Cragg (Royaume-Uni), Berlinde De Bruyckere (Belgique), Braco Dimitrijevic (Croatie), Cevdet Erek (Turquie), Fiona Hall (Australie), Miran Mohar (Slovénie), Ilya & Emilia Kabakov (Russie), Anish Kapoor (Inde), David McCracken (Nouvelle-Zélande), Hermann Nitsch (Autriche), Roman Ondak (Slovaquie), Sándor Pincehelyi (Hongrie), Horio Sadaharu (Japon), Sean Scully (Irlande), Kiki Smith (ÉtatsUnis), Nedko Solakov (Bulgarie), Rirkrit Tiravanija (Thaïlande), Jana Sterbak (Canada), Rasa Todosijević (Serbie), Günther Uecker (Allemagne), Costas Varotsos (Grèce), Ping Yong Huang (Chine) et Jana Želibská (République tchèque).

Ces 32 artistes (une oeuvre ayant été réalisée par un couple) se sont unis pour donner voix au bois, afin que les arbres puissent raconter leur histoire, au sein de cette exposition, qui cherche à définir un modèle de coexistence pacifique et non-violente : en présentant les œuvres d’artistes mondialement réputés, tous issus de pays ayant participé militairement à cette guerre, elle proclame la capacité de l’art et des artistes à changer le monde et à permettre une coexistence plus pacifique.

Ces 31 oeuvres exposées représentent 31 pays, de 5 continents, les Etats signataires du "Traité de Versailles", ainsi que l'Ukraine et la Russie. Un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, les œuvres de ces artistes constituent, chacune à leur manière, un plaidoyer pour la paix.

Ouverture : jusqu'au dimanche 24 octobre, du mardi au dimanche, de 10 à 18h. Prix d'entrée (incluant l'exposition "Icons") : 10€ (8€, pour les enseignants, les personnes à mobilité réduite, les seniors, les membres d'un groupe de minimum 8 personnes et pour les visiteurs déjeunant au Café de la Villa / 4€, pour les étudiants de moins de 26 ans /0€, pour les moins de 12 ans, les "Art. 27," toute personne visitant la Villa le jour de son anniversaire et pour tous, les premiers mercredis du mois. Réservations obligatoires : via le site web de la "Villa Empain", le 02/627.52.30 ou info@boghossianfoundation.be. Mesures sanitaires : obligation du port d'un masque bucal et du respect d'une distanciation physique d'1m50 entre les "bulles sociales". Catalogue : Ed."Kunstverlag Till Breckner"/ couverture cartonnée/petit format carré/8€. Site web : https://www.villaempain.com.

Yves Calbert.

 

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