Johan Muyle exposé à la "Belgian Gallery", à Ixelles, jusqu'au 28 Mai

écrit par YvesCalbert
le 15/05/2022

Fondée en 2017 dans la capitale wallonne, par François Golenvaux, un descendant de l'ancien bourgmestre de Namur, Fernand Golenvaux (1866-1931), et Pierre Babut Du Mares, la "Belgian Gallery" possède, désormais, une Galerie, à Knokke-Heist, au N° 743, de la "Zeedijk", mais, aussi, à Ixelles, au N° 39, de la rue de Florence, à proximité de la bien connue Place du Chatelain.

« J’ai redécouvert l’œuvre de Rodin ; j’en comprends, aujourd’hui, l’audace, l’irrévérence et l’auto-‘iconoclastie’ ; l’œuvre de Rodin est une leçon. Ces nouvelles propositions doivent être comprises comme des hommages à certains de mes pairs », déclara Johan Muyle Montignies-sur-Sambre/1956), qui nous présente "A Bocca  Chuisa", dans cette dernière Galerie, jusqu'au samedi 28 mai.

Cette exposition nous dévoile le résultat d’un travail d’atelier d’un an, qui débuta en mai 2021 pour aboutir à ces nouvelles installations sculpturales. Ces dernières ont toutes pour dénominateur commun l’utilisation de la statuaire historique, comme point de départ de l’œuvre, une démarche récente dans le travail de Johan Muyle.

A peine la porte d'entrée franchie, nous découvrons une création en rapport avec la décolonisation et la décision fédérale belge de restituer cetaines oeuvres congolaises à leur pays d'origine.

*** "La Restitution" se base sur un texte du chanteur parisien Alain Baschung (1947-2009), "Reviens Va-t'en", avec ses paroles : "Éteins une à une les lumières", qui donnèrent l'idée à Johan Muyle de placer un panneau lumineux, en lumière led, faisant briller le dos de sa création, l’aphorisme « Reviens, va-t’en… » évoquant ce jeu d’amour et de haine qui lie les anciens colonisés aux anciens colonisateurs.

Outre la grossesse d'une masque africain, soulignons la présence, sur la tête de cette sculpture, d'une maquette d'un vaporetto vénitien, achetée sur place, l'inspiration de "La Restitution" étant née d’un séjour de l’artiste à Venise et de sa rencontre, plusieurs jours de suite, en bord du canal, d’un réfugié africain. La présence de ce dernier, chaque matin au même endroit, dans cette Ville-Musée, était des plus anachroniques, ... au moment-même où les radios se faisaient l’écho de la problématique de la restitution des objets d’art africain.

*** "L'Arpenteur", emprunté à Constantin Meunier (1831-1905), posé sur un trépied de géomètre, nous montre un homme ployant sous la pénibilité de son labeur, portant, sur son dos, un système solaire à deux boules, la lune tournant autour de la terre, un cercle de néons évoquant l'auréole de sainteté autant que le joug du galérien. Par son travail manuel, l'homme participe-t-il à sa libération ou à sa destruction ?

Johan Muyle de nous confier : « Il y a des mots qu'on n'entend plus parce qu'on est préoccupé par d'autres sujets plus immédiats. Mes sculptures m'aident à faire apparaître des questions qui me traversent en cette période schizophrénique. »

*** "A Bocca Chiusa", l'oeuvre ayant donné son titre à la présente exposition, a pour origine « Le Débardeur
du Port d’Anvers » (1890), une création de Constantin Meunier.

Sur le dos du docker anversois, sous une coupe de champagne, se trouve une boîte de caviar, grosse caisse de fanfare, un texte défilant en boucle, le tout faisant écho à la guerre en Ukraine, tout en posant la question suivante : "que reste-t-il de l’utopie prônée par les questions d’égalité sociale du début du 20è siècle ?"

Cette proximité d'objets rassemblés au sein d'une même oeuvre s'explique par les mots de Johan Muyle : « Quand on rapproche deux objets, apparaît une pensée qui n'existe que par ce rapprochement. »

Notons que "A Boccha Chiusa" est emprunté au monde de la musique, indiquant un mode d'exécution de choeurs
sans paroles, Johan Muyle ayant fait appel à une composition du pianiste français Eric Satie (1866-1925), intitulée "Vexations" (1893). Celle-ci ne fut ni imprimée, ni jouée de son vivant, le compositeur américain John Cage (1912- 1992) ayant été le premier à prendre l'initiative d'une interprétation intégrale de cette œuvre musicale, dont la particularité est de répéter 840 fois de suite, sans arrêt, un motif musical unique, sur une mesure à treize temps.

Ce tournant dans les créations de Johan Muyle s'est effectué suite à sa visite, en 2021, du "Musée Rodin". Ayant vu des interventions du sculpteur français Auguste Rodin (1840-1917) sur des vases étrusques, il a souhaité produire de nouvelles oeuvres, avec pour appui le travail de sculpteurs de la fin XIXè-début XXè siècle, deux de ses oeuvres exposées ayant pour point de départ, des plâtres de l'artiste bruxellois Constantin Meunier.

Un point commun à ces sculptures exposées, les personnages possèdent des lèvres cousues, l'intitulé de la présente exposition, "A Bocca Chiusa", signifiant "bouche fermée", en italien, qui pourrait être une évocation d'une situation actuelle qui est imposée aux journalistes russes, Johan Muyle, tout en revisitant l'histoire de la sculpture, demeurant attaché à notre actualité.

Par le biais d’assemblages motorisés, d’aphorismes cryptés ou d’œuvres performatives, Johan Muyle réalise des allégories énigmatiques, qui nous interpellent sur l’état du monde et ses contradictions. Réagissant à l’actualité, il s’empare et détourne ainsi des faits divers et des événements historiques, dans le but de dénoncer la vanité humaine, la barbarie des gouvernements, ainsi que l’hypocrisie des religions et de la société du spectacle. Mais aussi de montrer, comme le disait le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard (1930-11 mai 2022), que « la civilisation est dans les peuples ».

Aussi - un an après l'importante rétrospective de Johan Muyle, au "Mac’s", le "Musée des Arts cotemporains", à Grand-Hornu -, ne manquons pas de découvrir, à Ixelles, ses trois oeuvres jamais présentées au public, qui nous sont proposées sous le commissariat de Philippe Van Cauteren, directeur, à Gent, du "Musée municipal pour l'Art Actuel", le "S.M.A.K.", cet artiste carolorégien nous offrant, avec son expo "A Bocca Chiusa", un moment bienvenu de déconnexion pour questionner et réfléchir le monde, se référant à un principe du cinéma d’auteur : un sujet apparent et des sujets réels.

Proche d'une accueillante terrasse, complétant cette exposition d'oeuvres récentes - se voulant syncrétiques, étant hybrides, par la diversité des sources des images utilisées, et allégoriques, par la pensée qu’elles contiennent -, nous découvrons un dessin (2015) et quelques billets de banque de sa série « Monkey Business ».

Ouverture, à Ixelles : le jeudi, de 11h à 18h, le vendredi et le samedi, de14h à 18h. Entrée libre. Contacts : 0497/44.25.91 et brussels@belgiangallery.com. Site web : www.belgiangallery.com/.

Notons qu'au Centre-Ville de Namur, sur la Place d'Armes, depuis ce dernier vendredi 13 et jusqu'au samedi 10 septembre, la "Belgian Gallery" nous invite à découvir "The Clown Spirit-The Circus we are", une peinture de Johan Muyle - "L'Artiste et le Clown" (2020) - y étant, également, présentée.

Ouverture, à Namur : le samedi, de 14h à 18h. Entrée libre.

Yves Calbert.

 

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