"War-Toys" et autres Expositions, au "Musée de la Photographie", à Mont-sur-Marchienne, jusqu'au 25 Mai

écrit par YvesCalbert
le 02/05/2023

Plus qu’une bonne vingtaine de jours, pour découvrir « War-Toys » (« Jouets de Guerre »), du photographe californien Brian McCarty, (°Memphis, Tennessee/1974), et d’autres expositions, au « Musée de la Photographie », à Mont-sur-Marchienne.

 Brian McCarty

Ayant fait le déplacement, depuis les Etats-Unis, Brian Mc Carty nous avait rejoint au « Musée de la Photographie », pour la visite de presse et le vernissage, afin de nous présenter son exposition, particulièrement actuelle, vu les tristes situations vécues en Ukraine et dans d’autres pays.

« Camp de Féfugiés syriens » (Vallée de la Bekaa/Liban)/2014 © Brian McCarty

Il nous confia : « C’est lors d’un voyage en Croatie en 1996, peu après la guerre d’indépendance, que, fils d’un vétéran du Vietnam, j’ai conçu le projet de représenter les conflits planétaires par le prisme de l’expérience vécue par des enfants touchés par la guerre, en Irak, en Israël, au Liban, en Palestine, en Syrie, ainsi que, plus récemment, en Ukraine, … »

« Accueil » (Sdérot/Israël)/2012 © Brian McCarty

Ainsi, dans la salle du « Musée de la Photographie » qui lui est consacrée, nous découvrons, non seulement les clichés réalisés par ce brillant photographe activiste – mettant en scène des poupées, petits soldats et véhicules militaires , des jouets, souvent de seconde main, achetés dans des commerces locaux -, mais, également de poignants dessins d’enfants, nous montrant leur ressenti de la guerre.

« Abatue » (Hassansham/Irak)/2017 © Brian McCarty

C’est au cours de séances collectives, aidé par des spécialistes en art-thérapie, que Brian McCarty a rencontré des enfants, dans des camps ou des écoles du « Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés ».

« Kamikaze à la Voiture piégée » (Est de Mossoul/Irak)/2017 © Brian McCarty

Leur ayant parlé des hommes en armes, qui surgissaient chez eux, de leurs maisons en flammes, des déportations, des égorgements, des pierres contre les fusils, du bruit des hélicoptères, de celui des tanks et des drones, des fuites aux abris et des cadavres dans les rues, ces enfants, mis en confiance, racontèrent l’histoire de leur jeune vie, la dessinant pour tenter de s’en libérer.

« Quartier brûlant » (Vallée de la Bekaa/Liban)/2016 © Brian McCarty

Egalement, ils évoquèrent les tentes et les camps, au sein desquels ils survivent, de leurs espoirs d’écoles, de terrains de jeux, d’une vie meilleure. Fort de ces dessins d’enfants et de leurs récits, depuis 2011, Brian McCarty recompose, sur les lieux mêmes de ces drames – les matérialisant, en quelque sorte -, ces scènes, qu’il photographie ensuite, se plaçant sur le seul point de vue des enfants, ayant intitulé « War-Toys », cet intéressant projet photograhique.

« Résistance des Jeunes » (Camp de réfugiés de Dheisheh/Cisjordanie)/2011© Brian McCarty

Photographe activiste, metteur en scène et producteur, cet habitant de Los Angeles créa, en 2019, l’ ONG « War-Toys », qui apporte son soutien à « First Aid of the Soul », une organisation qui fut fondée, en Ukraine, par une art-thérapeute , Nathalie Robelot. Ensemble, ils poursuivent ce travail, tout en développant de nouveaux programmes, forgeant des alliances, qui auront un impact positif sur les enfants du monde entier.

« Prise de Vue murale » (barrière de séparation israélienne/Cisjordanie)/2011 © Brian McCarty

Lisons le propos de Brian McCarty : « Le traumatisme causé par un tiers est quelque chose qui peut être difficile à gérer. Pour articuler les récits des enfants, je dois vraiment écouter, m’immerger et imaginer ces moments à leur place. Donc, beaucoup de choses sont absorbées et mélangées à mes propres expériences, parfois moins géniales. »

« Corps sans Bras » (Ouest de Mossoul/Irak)/2018 © Brian McCarty

« Lors de conflits armés, il y a des photojournalistes des deux côté,s capturant des scènes chaotiques, mais personne d’autre n’est là pour exprimer ce que ces enfants vivent et craignent encore. »

« Retour à la Maison » (Vieille Ville de Mossoul/Irak)/2018 © Brian McCarty

« J’ai une chance incroyable de pouvoir quitter ces zones de guerre et d’y revenir, avec beaucoup d’amour et de soutien, mais cela devient plus lourd avec le temps. Les choses ne déraillent pas, pour ainsi dire, jusqu’à ce que le train s’arrête et que tout ce poids s’écrase dans le dos. C’est pourquoi les professionnels de la santé mentale formés sont essentiels au traitement des traumatismes, eux qui savent comment aider à alléger la charge et à arrêter les choses de manière plus sûre. »

Etudiantes dans le premier cinéma 3D, à Pyongyang © Stéphan Gladieu

Marqués par cette exposition, présentée avec le soutien de l’Ambassade des Etats-Unis, pensant à tous ces conflits qui continuent de par le monde, au XXIè siècle, à tous ces enfants qui ne peuvent que subir la folie de certains dirigeants, nous nous dirigeons vers l’expo principale : « Stéphan Gladieu. Corée du Nord ».

Famille nor coréenne © Stéphan Gladieu

Ce photograhe français, Stéphan Gladieu (°Bagneux/1969), présent, lui aussi, pour l’ouverture de son exposition, a réalisé un travail d’approche d’une population de 26 millions d’habitants. C’est sans apriori, sans militantisme, ni dénonciation qu’il a posé un regard neuf sur un pays en devenir, parvenant à révéler l’individu au sein du groupe, durant divers séjours à Pyongyang et dans la campagne nord coréenne, Xavier Canone, le conservateur de ce superbe musée, évoquant : « Une Corée du Nord regardée dans les yeux, à l’exemple des regards échangés entre le photographe et les Nord-Coréens ».

Enfants nords-coréens dans un parc d’attraction © Stéphan Gladieu

Dans son livre « Corée du Nord » (Ed. « Actes Sud »/2020/160 p./18 x 23 cm), Stéphan Gladieu écrit : « Je n’avais en effet réussi à trouver aucun travail photographique de fond sur la société nord-coréenne par des Nord-Coréens. Sur place, des recherches plus poussées m’ont enseigné que le portrait n’existe pas en tant que tel en Corée du Nord. Pas de photos de famille, guère de portraits personnels. L’individualité a peu de raisons de s’exposer dans une société où tout est pluriel, collectif, communautaire. »

« Le plus délicat fut de comprendre que j’entrais dans un monde où la perfection est une quête absolue. En Corée du Nord, un objet doit être parfaitement achevé pour être rendu visible au regard des autres. »

Des couleurs vives de la Corée du Nord, passons à la photo argentique en noir et blanc de Vasco Ascolini (°Reggio d’Émilie, Émilie-Romagne/1937), photographe italien, fait, en 2000,« Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres », qui nous propose « Ciseler l’Ombre », lui qui, depuis 1990, a fait don de plus de 80 photographies au « Musée de la Photographie ».

Ayant étudié la photographie aux États-Unis et à l’ « Université de Parme », cet artiste de la lumière débuta son activité photographique en 1965. Sa collaboration avec le « Théâtre municipal Romolo Valli de Reggio Emilia », de 1973 à 1990, lui permettra d’explorer la photographie des arts de la scène, plusieurs de ses clichés d’alors nous étant présentés.

S’intéressant au patrimoine et lieux culturels, depuis le début des années ’70, conservant sa vision personnelle et sans contraintes, il fut mandaté pour photographier pour la Ville d’Aoste, ainsi qu’à Paris, au sein des Musées « Le Louvre », « Rodin », « Carnavalet », …

Christelle Rousseau, commissaire de cette exposition, écrit : « Alliant le regard et le talent d’un peintre, d’un sculpteur, d’un architecte et d’un metteur en scène, Vasco Ascolini façonne un univers d’images où le noir orchestre le spectacle du monde. Maniant la lumière comme un pinceau ou un outil de taille, il détache ses sujets d’une obscurité profonde au bord de laquelle on se sent vaciller, soulignant les lignes maîtresses d’un palais, dessinant un visage de pierre, prolongeant le geste d’une danseuse. Usant des possibilités de l’appareil et du tirage photographiques, Vasco Ascolini écrase les perspectives, sculpte la pénombre, sublime les textures. » 

De son côté, pour la « Galerie du Soir », notre confrère Jean-Marie Wynants, nous présente le travail de Dimitri Michaux, qui aborde, ici, un thème plutôt inattendu, la pathologie de sa mère, la « Syllogomanie », titre de son exposition, ses photos ayant éré réalisées en numérique.

Il nous confia : « Tout a commencé par un travail demandé par les professeurs durant la période de la Covid. Comme on ne pouvait pas envisager de reportage extérieur, on nous a proposé de travailler sur le thème ‘Chez soi’. Au départ, ça n’avait aucun lien avec mon travail de fin d’études, mais une fois que j’ai commencé, je me suis dit que c’était peut-être quelque chose d’intéressant à exploiter. »

« Ma mère accumule les choses depuis toujours, de manière systématique. Cela occupe tous les espaces de la maison. C’est une situation qui m’atteint beaucoup mais à laquelle je ne peux rien changer. En faire le sujet de mon travail était une manière de me désensibiliser un peu par rapport à tout ça et de faire le portrait de quelqu’un qui ne se rend pas compte du problème. »

A l’étage, la « Boîte noire » nous attend, avec un film 16 m/m – « Earth in the Mouth » (« Terre dans la Bouche »/ Allemagne/2020/20′) – d’Ewelina Rosinska (°Pologne/1987), détentrice d’un « Master’s Degree » en « Histoire de l’Art », obtenu à l’ « Université Jagiellonian », à Cracovie, en Pologne, ayant achevé, en 2022, un cursus en production et réalisation, à l’ « Académie du Cinéma et de la Télévision », à Berlin, en Allemagne.

Son film évoque un voyage d’impressions et de sensations, où les contours du monde deviennent flous. Entre anarchisme, croyance, vie quotidienne et tourisme, il nous emmène de la Pologne au Brésil. Portrait de la Vie dans différents pays, portraits de personnes à la fois amies et anonymes, son film s’enchaine comme un journal intime dont la réalisatrice aurait rédigé sept parties.

Laure Albin Guillot (née Laure Meifredy/1879-1962) fut, en France, l’une des membres de la « Société française de Photographie », la directrice des « Archives photographiques de la Direction générale des Beaux-Arts » (futur Ministère de la Culture) et, enfin, la première conservatrice de la « Cinémathèque Nationale ».

Sa photographie, prise en 1934, « Portrait d’Homme à la Cigarette », a été retenue, en mai, comme étant « L’Oeuvre du Mois » du « Musée de la Photographie », le « Centre d’Art contemporain de la Fédération Wallnie-Bruxelles », inauguré en 1987, dans un édifice qui fut, dès 1861, le « Carmel de Mont-sur-Marchienne ». Grâce à son extension, inaugurée en 2008, ce musée st devenu, en Europe, avec ses 6.000 m2, l’un des plus importants musées de la photographie, fort d’une collection de 100.000 photographies, dont plus de 800 en exposition permanente, 1,5 million de négatifs y étant conservés.

Ouverture : jusqu’au dimanche 25 mai, de mardi à dimanche de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant les collections permanentes) : 8€ (6€, dès 65 ans & les membres d’un groupe / 4€, pour les étudiants, les enseignants, les demandeurs d’emploi & les personnes porteuses d’un handicap / 1€25, pour les « Art. 27 » / 0€, pour les moins de 12 ans & les détenteurs de diverses cartes). Prix de l’accès aux expositions pour les détenteurs d’un « Museum PASS Musée » : 4€ (2€50, en prix réduit / 0€, pour tous, pour les collections permanentes). Contacts :  071/43.58.10 & mpc.info@museephoto.be. Site web : https://www.museephoto.be/.

Yves Calbert.

 

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