Les confettis interdits dans certaines communes en Flandre, les carnavals wallons pourraient-ils être concernés ?

Les confettis volent par millions durant les carnavals. La question de la gestion des déchets et de l'impact sur l'environnement se pose dans plusieurs communes.
La saison des carnavals est officiellement ouverte. Et qui dit carnaval, dit évidemment folklore, cortèges, costumes et toutes sortes d'éléments festifs. Parmi eux, on retrouve notamment les confettis, indispensables dans de nombreux carnavals. Ces projectiles pourraient pourtant ne plus être légion partout.
En Flandre, 57 communes ont tout simplement interdit les confettis depuis plusieurs années déjà. Lors du festival de Knokke-Heist, à la côte belge – organisé du 13 au 17 février – confettis et serpentins étaient ainsi bannis des festivités, aussi bien pour les touristes que pour les participants. En cause, l'amas de déchets qu'ils provoquent. "La gestion des nombreux déchets qui vont de pair avec les carnavals coûte cher aux communes", confirme l'OVAM, l'agence publique des déchets de la Région flamande. "L'argument écologique entre aussi en compte", poursuit son porte-parole, Jan Verheyen.
L'OVAM a d'ailleurs commencé à travailler avec plusieurs autres communes flamandes dans le cadre de la mise en place d'une charte. "Les communes ou organisations qui le veulent peuvent venir chez nous pour avoir une meilleure vision de la problématique des déchets, mieux les contrôler et, éventuellement, pour interdire l'usage de certains futurs déchets comme les confettis", explique Jan Verheyen. Il insiste toutefois sur le fait que l'OVAM "ne veut obliger absolument personne à interdire les confettis".
Peu de risques ?
Si les choses bougent côté flamand, la Wallonie ne semble pas emboîter le pas. "Les confettis en plastique sont déjà interdits à l'usage", rappelle-t-on du côté du Service public de Wallonie. "Et nous n'avons pas fait d'études sur l'impact concret des confettis en papier sur l'environnement, mais je pense qu'il est marginal", nous précise-t-on.
Les confettis (en papier donc) ne semblent pas non plus être un réel problème au niveau de la gestion des eaux. Et ce malgré une masse importante qui peut se retrouver dans les égouts au cours des activités carnavalesques. "Du côté opérationnel, on n'a jamais entendu parler de gros soucis chez nous", nous confie-t-on à l'AIDE, l'association intercommunale pour le démergement et l'épuration des communes de la province de Liège. "La majorité des confettis doit être captée pendant les processus d'épuration. Et ceux qui parviennent à y échapper devraient se décomposer sans trop de soucis." Avec des risques de contamination à cause des éléments chimiques des colorants ou autres ? "On ne teste pas toutes les molécules et polluants du monde qu'on pourrait trouver dans l'eau, mais on n'a jamais eu d'alerte particulière ou de demandes de tests. »
Reste la gestion des tonnes de déchets, dont font partie les millions de confettis. Pour cela, chaque ville (et carnaval) gère à sa façon. Avec les coûts que cela peut engendrer.
Aymeric DebongnieJournaliste
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60 tonnes d'oranges au carnaval de Nivelles, 8 tonnes de confettis au Laetare de Stavelot: comment on fait, quand les déchets font partie du folklore,
Confettis, serpentins, bonbons, oranges, barquettes de snacks, bouteilles de champagne: les communes composent avec les impondérables du folklore wallon. Qui justement, font leur poids. De Stavelot à Nivelles en passant par Malmedy, Florenville, Andenne ou Binche, voilà comment on gère ces monceaux de déchets ramassés de cortèges en chapiteaux.
"Le poids des déchets après 3 jours de fête, c'est vraiment variable. Tout dépend s'il fait sec ou mouillé". C'est que Stavelot, capitale du Laetare, est aussi capitale officieuse des confettis. Les Blancs-Moussis produisent eux-même 6 à 8 tonnes de ces minuscules flocons de papier. Si la drache s'invite le 11 mars 2024, ce n'est plus au balai mais à la pèle à neige qu'il faudra déblayer les rues. "S'il fait sec, on aspire tout à la balayeuse. On stocke un container de 30m3 en prévision de l'événement", détaille Fabien Legros, échevin des travaux à Stavelot. "On le charge avec un tractopelle le mardi ou le mercredi".
Les confettis font leur poids dans les carnavals wallons. Mais d'autres déchets alourdissent les poubelles des communes lors des festivités. Il y a bien sûr les gobelets, qui passent de plus en plus au format réutilisable. Mais aussi les cadeaux offerts dans les défilés. Ainsi au Carnaval des Ours à Andenne, "le service technique, très performant, ramasse les confettis et emballages des bonbons distribués dans le cortège", se félicite Guy Havelange, échevin de l'environnement. "Mais le carnaval ne génère pas trop de déchets: ce ne sont clairement pas plusieurs m3". On ne peut pas dire la même chose partout. Avec ses 135.000 visiteurs en 2023, la Ville de Binche a fait face à une montagne. "Pendant les 3 jours gras, 5 containers de déchets ont été ramassés", mesure Alexia Benevento, responsable communication. "Ça représente 20 tonnes de déchets". Qui sont évacués par l'intercommunale Hygea.
Il a aussi des particularités locales parfois sous-estimées par le grand-public. Binche estime ainsi que chacun de ses 1.000 gilles lance 30 kilos d'orange au Mardi Gras. Soit minimum 30 tonnes d'agrume. Que tous les spectateurs ne mangent évidemment pas sur le pouce. C'est encore plus à Nivelles: "chaque société de gilles lance 5 à à 6 tonnes d'oranges. Nous comptons 10 sociétés. Et donc ce sont 50 à 60 tonnes qui sont lancées", calcule Benoît Giroul, échevin du Folklore. "On emprunte donc la balayeuse de la commune de Genappe". Entre 2016 et 2020, Nivelles a ainsi amoncelé "entre 18 et 25 tonnes de déchets" par carnaval. Ce qui comprend "le tout venant, les confettis, les oranges, les bombes de serpentins, les gobelets", énumère l'édile. Qui précise que "des conteneurs à paille sont mis à disposition des gilles à plusieurs endroits pour qu'ils puissent s'y débosser". Autre enjeu: des bulles à verre supplémentaires "pour recueillir les bouteilles de champagne", typiques de carnavals de gilles. "Elles pèsent leur poids: on aide donc autant les cafetiers que les particuliers". Un tel renfort est aussi en place à Binche: "des dispositifs de reprise des verres sont installés dans le périmètre du centre-ville", renseigne Alexia Benevento, responsable Communication de la Ville de Binche.
Autre source de déchets: les barquettes, cornets et assiettes.
A Malmedy, la propreté des emplacements est à charge des vendeurs. "Chaque ambulant et chaque cafetier doit placer des poubelles et nettoyer autour de leurs échoppes", opine Catherine Schroeder, échevine de la Propreté. "Ils payent une caution pour utiliser l'espace public: à 250€ pour les Malmédiens et 500€ pour les extérieurs, elle est assez dissuasive". Les poubelles ramassées chaque jour par les équipes communales (lire ci-dessous) n'imposent pas le tri. "Tout va dans le même sac, mais il y a des tests pour installer des poubelles de tri en ville, simples arceaux à fixer sur les panneaux de signalisation". Cette idée du tri, Florenville l'a tuée dans l'œuf. "Selon le retour des ouvriers communaux, ça ne sert à rien: tout le monde y fourre ses déchets et il faut retrier ensuite".
Y a pas que les gilles qui ramassent: horaires de nuit pour les ouvriers
S'ils font aussi la fête, les ouvriers communaux doivent tout de même éviter les gueules de bois durant les carnavals wallons: c'est en effet sur leurs équipes que repose la propreté des rues que des milliers de spectateurs prennent d'assaut pour voir passer les cortèges.
À Binche, la ville se fait belle autant que ses Gilles. "Le travail commence le vendredi qui précède le carnaval à partir de 12h. Les ouvriers communaux ramassent les poubelles qui trainent, vidangent les poubelles publiques, rincent les rues si nécessaire. Idem le samedi après le marché hebdomadaire", détaille Alexia Benevento, responsable com de la Ville. Le travail nocturne s'enclenche pendant les trois jours gras. "Dimanche, dès 4h30, nettoyage avec pick-up et compacteur et 2 balayeuses. Après le cortège de l'après-midi, 2 balayeuses sont déjà en route". Cette même tournée débute dès 3h30 le lundi puis 1h30 le mardi. "Un tracteur à brosse nettoie la Grand-Place de ses confettis". Au lendemain du mardi gras, "l'hydrocureuse nettoie les trottoirs à haute pression", en plus du détachement d'engins composé des "balayeurs, tracteur à brosse et camions poubelle". 22 ouvriers se répartissent les différents shifts.
À Florenville, "les ouvriers passent tous les matins du vendredi au lundi". Selon la Bourgmestre Caroline Godfrin, ce sont les déchets générés par les ambulants qui remplissent principalement les poubelles. "On demande désormais aux food-trucks et forains d'emporter leurs déchets car jusqu'ici, ils les abandonnaient en quittant", précise la maïeure.
A Nivelles, "une équipe de nuit est mobilisée les 3 soirs", précise l'échevin du folklore Benoît Giroul. "Une trentaine de personnes se répartissent en équipes à différents moments. Le nettoyage complet de la ville est effectué dans les semaines qui suivent".
Les ouvriers malmédiens sont "beaucoup occupés" durant le Cwarmê. "Ils doivent collecter les poubelles avant 6h du matin pour que la ville soit propre", souligne l'échevine de la propreté publique Catherine Schroeder, qui explique qu'aux corbeilles publiques s'additionnent "de gros tonneaux bleus" partout dans la ville. "Une balayeuse et 8 ou 9 ouvriers" sont mobilisés entre dimanche et lundi, et idem le mercredi, après le mardi gras.
Julien RensonnetJournaliste
















