"Le Serpent cosmique" ("Utopia-Lille 3000"), au "Musée de l'Hospice Comtesse", jusqu'au 02 octobre

écrit par YvesCalbert
le 02/09/2022

« Les attentes sont grandes de se retrouver autour d’événements populaires, de partager à nouveau, de s’émouvoir et de s’émerveiller collectivement autour de l’art et de la nature … Nous souhaitons éveiller les consciences grâce à l’art. Face à l’impératif écologique, les artistes, de plus en plus engagés, sont nombreux à se servir de leurs créations pour susciter une réflexion, mais aussi nous donner envie de participer activement, individuellement et collectivement, à la sauvegarde de la nature, de la faune comme de la flore », écrit la Maire de Lille, Martine Aubry, en introduction à l’événement « Utopia », programmé dans le cadre de « Lille 3000 ».

L’un de nos coups de coeur est, sans conteste, l’exposition « Le Serpent cosmique », présentée, jusqu’au dimanche 02 octobre, dans le Vieux Lille, au sein du « Musée de l’Hospice Comtesse », autrefois « Hôtital Notre-Dame », fondé en 1237, par la Comtesse Jeanne de Flandre (1295 – 1374), les batiments ayant été rénovés au XVIIè siècle.

Dès notre entrée, dans la cour intérieure, nous découvrons deux imposants serpents – parés de motifs circulaires  colorés, dressés en position d’attaque -, une oeuvre de Jaider Esbell (1979-2021), artiste et écrivain brésilien, membre de l’ethnie amérindienne Macuxi, qui joua un rôle central dans le mouvement pour la reconnaissance de l’art indigène contemporain. Son travail entremêle mythes indigènes, critiques de la culture hégémonique et  préoccupations socio-environnementales.

Symboles de fertilité et d’abondance, ces serpents géants, en transit entre les mondes, continuent de veiller à la  protection des peuples indigènes d’Amazonie et de notre nature commune.

« Le Serpent cosmique, l’ADN et les Origines du Savoir » (1995) est le titre du livre mythique du docteur en anthropologie de l’ « Université de Stanford », Jeremy Narby (°Montréal/1959). Il y démontre qu’aussi bien dans les forêts d’Amazonie que dans les montagnes de l’Himalaya, des chamanes ont, de manière incompréhensible pour la science, créé des substances aussi puissantes voire davantage que celles inventées par la chimie moderne, guérissant l’homme de nombreuses maladies, grâce à l’association de plusieurs plantes naturelles.

À partir des recherches de Jeremy Narby, le philosophe français Edgar Morin (né Edgar Nahoum/°Paris/1921), dans son ouvrage « Sur l’Esthétique » (2016), affirme que les artistes créent leurs oeuvres dans un état « post-chamanique », c’est-à-dire, sans même en avoir conscience, en connexion avec le vivant, la nature comme l’animal.

Cette exposition s’inscrit, aussi, dans l’esprit du philosophe lillois Etienne Souriau (1892-1979), qui développait le concept d’art naturel et pur, en affirmant que la création artistique devait s’inspirer de la nature.

Le lien nature/culture/utopie étant essentiel dans l’acte de création artistique, cette exposition explore la manière dont les artistes s’inspirent, se nourrissent, voire fusionnent avec la nature et le vivant, afin de créer des utopies.

Présentant de nombreux artistes contemporains, issus de tous les continents, « Le Serpent cosmique » nous offre un regard planétaire, se déclinant en trois thématiques : les hominidés, le monde naturel et le cosmique.

Cette expo prolifique – conçue comme une promenade labyrinthique, organique, surprenante, voire hallucinante –
traverse, avec sensibilité, des courants et pratiques artistiques diverses, de l’ « Arte Povera » aux installations
interactives et expérientielles, de l’art chamanique à la jeune peinture des millennials.

Tout au long de notre parcours, nous profitons d’un dialogue entre des oeuvres contemporaines – comme les  « Minitos » et les « Nanitos », créés par un artiste plasticien français, déjà invité, par le passé, par l’association  « Lille 3000 », travaillant aujourd’hui à Marrakech, Jean-François Fourtou (°Paris/1964) – et le mobilier, les peintures,  …, de la collection permanente du« Musée de l’Hospice Comtesse », vivant, ainsi, une véritable expérience immersive et sensorielle, pour explorer différemment notre place dans le monde et éveiller, ou réveiller, le lien profond qui unit l’homme à la nature.

A noter que cette exposition se prolonge dans l’accueillant jardin médicinal de cet ancien hôpital, envahi par une série de jardiniers « Nanitos », personnages sculptés avec des têtes d’artichauds, de choux, de navets, de tomates, …, ainsi qu’à l’extérieur du musée – sis à proximité de l’avenue du … Peuple Belge -, avec une maison, gardée par un « Nanitos » géant, cette installation, dans laquelle nous pénétrons, nous proposant des chaises, un lit, une  table et autres meubles, prévus pour accueillir des … géants …

Inutile de préciser que cet univers XXL, à la « Gulliver », ainsi que les petits « Minitos » se promenant parmi les assiettes, les couverts, les tasses, les verres, posés sur la table de la salle à manger du musée, plairont à nos enfants, rendant cette visite idéale en famille.

Précisons que ces « Nanitos » et « Minitos » prennent leurs sources dans un conte que l’artiste, Jean-François Fourtou, transmettait à sa fille, ce récit évoquant de petits personnages, qui vivaient sous terre, creusant des  labyrinthes souterrains, se nourrissant d’un environnement naturel.

Ouverture : jusqu’au dimanche 02 octobre, le lundi, de 14h à 18h, du mercredi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée : 7€ (5€, de 12 à 29 ans & pour les étudiants / 0€, pour les moins de 12 ans). Contacts :  00.33.3/28.36.84.00. Site web : http://www.lille.fr/le-Musee-de-l-Hospice-Comtesse &  http://www.facebook.com/museehopicecomtesse.

Profitant de votre présence à Lille, n’hésitez pas à visiter d’autres expositions de l’événement « Utopia », à l’ « église Sainte-Marie-Madeleine », à la « Gare Saint-Sauveur », à la « Maison folie Moulins », à la « Maison folie Wazemmes », au« Palais des Beaux-Arts », au « Tri Postal », …, toutes ouvertes jusqu’au dimanche 02 octobre.

Yves Calbert.

  • « Nanitos » géant et maison étrange © "Hospice Comtesse" © "Utopia"
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