Hermann Huppen, créateur de Jeremiah et légende de la BD belge, décède à l'âge de 87 ans

Le dessinateur belge Hermann, de son vrai nom Hermann Huppen, s'est éteint dimanche après deux ans de combat contre le cancer. Né à Bévercé, dans la commune de Malmedy, il était l'une des figures majeures de la bande dessinée franco-belge.
Hermann Huppen était né le 17 juillet 1938 à Bévercé, petit village de la commune de Malmedy, dans la région des Hautes Fagnes. Il nous a quittés après une lutte de deux années contre le cancer. Affaibli mais vaillant, il avait réussi à boucler son dernier album. "Les éditions du Lombard ont une pensée émue pour la famille, les amis, et les proches d'Hermann, en particulier son épouse et son fils Yves H., qui est aussi son scénariste et plus proche collaborateur. Plus largement, c'est le monde de la bande dessinée et tous les amoureux du 9e art qui viennent de perdre un immense auteur", déclare son éditeur dans un communiqué.
Dessinateur prodigieux, Hermann avait la réputation de ne pas avoir sa langue en poche. Notre collègue Michaël Degré avait pu s'en rendre compte lors d'une rencontre survenue en février 2014. "Je ne me couche jamais. Je préfère me faire détester du monde entier quand je pense que j'ai raison, parce que… j'ai raison."
D'abord l'ébénisterie
Son parcours vers la bande dessinée fut sinueux. Après un apprentissage en ébénisterie, il avait suivi des cours du soir de dessin en architecture et en décoration à l'Académie des beaux-arts de Saint-Gilles, avant de partir au Canada avec sa famille à dix-huit ans. De retour à Bruxelles, il entre dans le milieu de la bande dessinée au début des années 1960.
À partir de 1966, Greg écrit pour lui la série Bernard Prince. En décembre 1969 commence la publication de Comanche, réalisée également avec Greg dans le journal Tintin.
C'est toutefois avec Jeremiah, sa première série solo entamée en 1977, qu'il s'impose comme auteur complet, assurant scénario et dessin. La série postapocalyptique compte à ce jour 41 tomes publiés.
En 1984, il crée Les Tours de Bois-Maury, une fresque médiévale en seize volumes saluée pour sa rigueur historique.
Au fil des décennies, Hermann accumule les distinctions. En 2016, il reçoit le Grand Prix de la ville d'Angoulême pour l'ensemble de sa carrière. Âgé de 77 ans, il en devient alors le lauréat le plus âgé.
Les feuillus des Ardennes
En 2010, notre journaliste Benjamin Hermann l'avait rencontré sur ses terres, à Malmedy, à l'occasion d'une rétrospective. Il se confiait sur l'inspiration venue de sa région : "Vous comprenez bien que tout au long de ma carrière, quand j'ai dessiné des forêts, ce sont les forêts des Ardennes que je reproduisais. Pas les sapins, ils sont venus par après. Mais bien les feuillus, au milieu desquels je passais mes journées, où, enfant, j'ai pratiqué un peu de braconnage, en toute illégalité bien sûr…"
Auteur prolifique, sa production ne s'est jamais ralentie. En 2023, il livre le 40e tome de Jeremiah et contribue au numéro spécial 77 ans du journal Tintin. L'année suivante, il sort le premier tome de Brigantus, une nouvelle série historique scénarisée par son fils Yves H., aux éditions Le Lombard.
Hermann laisse derrière lui une œuvre monumentale – il a publié pas moins de 120 albums tout au long de ses 60 ans de carrière – enracinée dans les paysages ardennais de son enfance, et des générations de lecteurs à travers l'Europe.
Marc Uytterhaeghe / Journaliste












