« Regards pluriels. L’Art belge et l’Utopie communiste au XXe siècle », au "CAP", à Mons, jusqu'au 16 août

Jusqu’au dimanche 16 août, nous avons rendez-vous au « CAP » (« Culture – Arts -Patrimoine »), à Mons, afin de découvrir l’exposition temporaire « Regards pluriels. L’Art belge et l’Utopie communiste au XXe siècle », dont le commissaire est Paul Aron, docteur en philosophie & lettres, directeur de recherches honoraire du « FNRS » (« Fonds National de la Recherche Scientifique »), professeur de littérature et théorie littéraire à l’ « Université Libre de Bruxelles ».
Cette exposition – explorant près d’un siècle de création artistique en lien avec le mouvement communiste en Belgique – contribue à retisser le lien entre l’art et la société.
Xavier Roland, directeur du « CAP » écrit : « Cette ambition est, peut-être, l’une des missions fondamentales du ‘CAP’, aujourd’hui. Celui-ci possède en effet ce pouvoir singulier de ‘neutraliser’ une œuvre potentiellement polémique ou radicale, afin d’ouvrir un espace de dialogue, fondé sur la nuance et la finesse. »
« Le musée demeure l’un des rares espaces de notre société contemporaine capables d’organiser une véritable
rencontre d’idées. D’où l’importance de la démarche scientifique et historique, qui a présidé à l’élaboration de
cette exposition, menée en toute indépendance. »
« Regards pluriels » nous propose un parcours chronologique et thématique, où dialoguent affiches, gravures, œuvres monumentales, peintures & sculptures, certaines œuvres exprimant un engagement visible, tandis que d’autres investissent des registres plus personnels, où s’expriment ironie, mélancolie ou rêves, cet ensemble nous montrant, ainsi, qu’il n’existe pas un art communiste unique, mais une pluralité de démarches confrontées à une même utopie et à ses contradictions.
Né, au début des années 1920, dans le sillage de la Révolution russe et structuré en Belgique, ce mouvement communiste, bien que minoritaire sur le plan électoral, a exercé une influence durable sur la vie culturelle. La présente exposition invite ainsi à reconnaître que la sensibilité sociale des artistes est un facteur agissant dans leur manière d’être artistes, guidant des choix, mais suscitant, aussi, des rejets et des tensions.
Le rouge, devenu la couleur des luttes sociales, traverse les œuvres comme un signe d’affirmation, tandis que l’écho des avant-gardes russes nourrit l’imaginaire de plusieurs artistes belges. Une section importante est consacrée à l’artiste belge Frans Masereel (1889-1972), dont les dessins & gravures, diffusés dans la presse progressiste témoignent d’un engagement profondément lié aux combats antifascistes & sociaux de son époque. L’exposition aborde également l’image au service de la propagande : affiches, caricatures & dessins publiés dans la presse communiste montrent comment l’art devient un outil de mobilisation et de diffusion des idées.
Le parcours de l’exposition, débutant dans les années 1920, s’achève, plus ou moins symboliquement, avec la chute du mur de Berlin, la période couverte ne concernant donc pas directement le XXIe siècle, malgré la présence de nombreux sujets actuels, qui y sont abordés & que nous pourrons découvrir par nous-mêmes.
Au micro de notre collègue Fiona Collienne, pour la « RTBF » : « Si on mettait certaines œuvres dans l’espace public aujourd’hui, elles auraient un effet direct tellement elles sont actuelles et contemporaines … C’est la magie du musée de pouvoir présenter des œuvres qui peuvent avoir un caractère engagé et installer un dialogue. C’est tellement nécessaire aujourd’hui d’avoir ces lieux de débat et de rencontre. »
Durant la visite de presse, concernant deux peintures de René Magritte, le commissaire de l’exposition, Paul Aron – nous confia : « Un de ces tableaux s’est retrouvé dans une exposition en faveur du drapeau rouge … On se dit qu’il y a un geste militant, un choix de René Magritte d’accepter que ce soit exposé et en même temps Magritte ne supporte pas la manière dont le Parti Communiste pense l’art et surtout la manière dont un certain nombre d’artistes communistes détestent le surréalisme. Je pense que c’est un tableau qui dit bien toutes les tensions de Magritte avec le monde communiste à l’époque. »
Outre la présence, déjà évoquée, d’oeuvres de René Magritte & Frans Masereel, nous retrouvons des créations de Jo Dustin (1936-2011), Kurt Peiser (1887-1962), Roger Somville (1923-2014), Guillaume Vanden Borre (1896-1984), Jan Vanriet (°Antwerpen/1948), Marthe Velle (1907-1994) & de bien d’autres, qui, tous, entretiennent, à des degrés divers, un rapport avec le mouvement communiste, qu’il s’agisse d’un engagement direct, d’une proximité intellectuelle ou d’une réflexion critique sur l’utopie communiste.
*** Info pratiques :
Catalogue (P. Aron & X. Roland/« Editions Artha »/2026/broché/176 p./210 x 260 mm/130 illustrations) : 29€.
Ouverture : jusqu’au dimanche 16 août, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée : 17€ (12€, dès 60 ans, pour une personne porteuse d’un handicap et son accompagnant.e, pour une demandeuse ou un demandeur d’emploi, & par adulte, accompagnant un ou deux enfants / 3€, de 3 à 18 ans & étudiant.e.s / 2€, pour les enseignant.e.s / 1€25 , pour « Art. 27 »./ 0€, pour les moins de 3 ans. Réservations : https://visitmons.ticket.billetterie.io/#/event/195/calendar/289. Adresse : rue Neuve, 08, 7000 Mons. Transports en commun : minibus « City0 » & « CityR » des « TEC » (arrêt Grand’Place), au départ de la gare ferroviaire. Contacts : 065/40.53.25 & polemuseal@ville.mons.be. Sites web : https://www.visitmons.be/fr & https://musees-expos.mons.be/fr/nos-lieux/cap/cap-musee-des-beaux-arts.
Prochaine exposition : « Marc Chagall. Artiste et Artisan », du samedi 10 octobre 2026 jusqu’au dimanche 14 février 2027.
*** Autres composantes du « CAP » :
Notons que le « CAP » – inauguré en avril 2024 – inclut, outre son « Musée des Beaux-Arts », sa « Maison des Collections », le nouveau « Musée d’Histoire et du Patrimoine » de Mons (Prix d’entrée : 5€ & tarifs réduits), ainsi que, séparant les deux édifices, le « Jardin du Poirier Beurré » (entrée gratuite, via la rue Neuve), au sein duquel nous pouvons nous relaxer.
Cette « Maison des Collections » – l’ancienne « Maison Jean Lescarts » (édifiée en 1636), du nom d’un ancien bourgmestre (1851-1925) – souhaite nous conter l’histoire de Mons, en même temps que l’histoire qui est en train de s’écrire aujourd’hui, par le prisme des collections muséales de la Ville de Mons, qui met en évidence l’importance de la mémoire et de la transmission patrimoniale montoise, en vue de façonner l’évolution de la Ville. Elle montre les filiations, rapproche les patrimoines, les cultures et les différentes strates de l’histoire, pour expliquer la Ville contemporaine et interroger son futur.
Pour Xavier Roland, la raison d’être du « CAP » est de « relier l’art, la nature et le patrimoine, pour questionner et réinventer notre rapport à la société ».
Yves Calbert.









