« Lily, une jeunesse confisquée » / Décembre 1944 : Bombardements de MALMEDY et de SAINT - VITH

écrit par francois.detry
le 06/08/2026
Lily, une jeunesse confisquée.....

« Une semaine que l’offensive Wacht am Rhein fait rage. Sept jours qu’Eisenhower trépigne. Une météo capricieuse l’empêche de libérer ses bombardiers pour couper l’approvisionnement et les communications de l’avancée allemande. Mais aujourd’hui, ça y est !

Les soutes chargées de bombes de 250 livres, les B36 du 322ème groupe sont de la partie et s’envolent pour Zulpich, une petite ville située en Allemagne. A seulement une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau de la maison natale de Lily ( à Malmedy ).

Une heure suffira à les garer dans un ciel épais, quand ce ne sont pas les tirs nourris d’une Flak intrépide qui se chargeront de les disperser. Leur leader ne se trouve désormais plus qu’à la tête d’un groupe de six appareils ! Six sur vingt-sept, et toujours pas de Zulpich en vue ! Six à se présenter dans le ciel malmédien, à se dire qu’ion ne peut pas rentrer comme çà, le ventre dangereusement lourd !

Six à être admirés par des badauds confiants et sûrs que, dans la tourmente qui balaie les Ardennes, leur vallée est solidement tenue par ls troupes américaines. D’ailleurs, Peiper a contourné toute la ville et Skorzeny s’est cassé les dents, il y a deux jours, en voulant la prendre en tenailles. Il n’y a rien à craindre. Ces bombardiers - là ne sont qu’un renfort bienvenu.

Sauf que, privés de leurs pathfinders, marqueurs de cible, les six Marauder étaient bel  et bien perdus. La première ville ferait donc l’affaire pour se débarrasser d’un chargement aussi mortel qu’encombrant. Après tout, en bas, c’était l‘Allemagne !

En bas, ce sera le choc, l’incompréhension ! Trente secondes suffiront pour transformer le cœur de la ville en un c ham de ruines enflammées. Si les habitants demeurent abasourdis, meurtris en comptant leurs morts et leurs blessés, les hommes de la 30ème division enragent ! Trois fois qu’ils perdent des hommes dans de pareilles bévues ! Ce n’est pas pour rien qu’ils en étaient arrivés à baptiser certains collègues de l’USAAF ( force aérienne rattachée à l’armée de terre américaine ) du sobriquet de « Luftwaffe américaine ».

Il faut réagir rapidement ! D’abord, stopper les incendies et déblayer les monceaux de gravats. Ensuite, déployer les panneaux d’identification orange sur la cathédrale toujours debout ainsi que sur les hauteurs les mieux dégagées. Bien en vue, ils éviteront que se reproduise une telle méprise.

Dix-huit Liberator se chargeront pourtant de doubler l’erreur le lendemain après-midi ! Même scénario : une agglomération allemande, Wetteldorf, située elle aussi dans un rayon de 50 kilomètres, est visée. Sans jamais être trouvée non plus ! Résultat constaté au débriefing du 458ème Bombardment Group : bombes larguées sur une ville « non-identifiée »……

Ainsi, une troisième attaque asséna-t-elle le coup de grâce. Elle devait viser Saint-Vith, à quelques kilomètres de là. En bordure nord du saillant des Ardennes, la ville constituait à l’image de Bastogne, un important noeud routier et venait d’être prise par les Allemands. Son bombardement s’imposait.

Une mission pour d’autres Marauder, ceux du 387ème groupe, basés en France, eux aussi. Et tout aussi myopes !

Une ville enfumée se présente à quatre appareils esseulés du groupe au moment où lur système de navigation, capricieux, indique trois minutes avant le largage. Pas de doute : la cible est déjà en mire !

Les fameux panneaux orange n’y feront rien. Etalés aux quatre coins de la ville, ils sont masqués par la fumée des incendies de la veille et de l’avant - veille !

A coup sûr, le bombardier responsable du tir y sera allé d’un ironique « Merry Christmas ! » lorsque son doigt enfonça le bouton de largage. Il ignorait que ses vœux s’adressaient à ses propres troupes ! A des femmes, à des enfants. Des jeunes et des moins jeunes. A des gens que rien ne désignait comme coupables.

Des morts s’ajoutaient aux morts. Au total, une quarantaine de GI seront tués lors des bombardements et plus de deux cents civils perdront la vie. Leurs noms sont repris sur un grand monument en pierre dans le parc de l’abbaye, face à cette cavité creusée dans la poudingue et qui en sauva d’autres par dizaines.

Tandis que, dans les archives de l’Air Force, la sortie n°272 des « Marauder tigrés » indiquera « Route de Saint-Vith » laconiquement !. C’est vrai qu’à l’époque, on pardonnait l’impardonnable. Ou on le taisait … »

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Extrait du  roman « Lily, une jeunesse confisquée dans un pays annexé » de Ronald Goffart.

 ( 087 / 67 51 96 )

Un livre émouvant préfacé par Francis Balace, Professeur ordinaire honoraire de l’ULiège

Basé sur des souvenirs et des témoignages de l’époque, soutenu par un sérieux travail de documentation historique, ce récit offre au lecteur de survoler les années de guerre traversées par la localité de Malmedy, annexée au Reich en 1940 alors que devenue belge une vingtaine d’années seulement auparavant. À travers le parcours tragique et plus que tumultueux de sa grand-mère, l’auteur lève ainsi un coin du voile sur un pan souvent mal vécu dans l’histoire de la Belgique, celui d’une région déchirée par deux guerres et deux traités qui comptaient refaçonner l’Europe.

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