La siroperie Meurens (Aubel) débute l'année en beauté : le titre de produit de l'année et une étape franchie dans son projet de verger

L'entreprise familiale aubeloise derrière la marque "Le vrai sirop de Liège" a déjà acheté 16 000 pommiers. Elle va à présent conclure des partenariats avec des arboriculteurs de la province de Liège. Une façon de voir sur le long terme.
Avoir son "propre verger" avec la variété de pommes qui convient le mieux à sa production, c'est le dessein poursuivi par la Siroperie Meurens, à Aubel, depuis trois ans. Et une étape a été franchie ce 8 janvier 2026 avec la rencontre d'arboriculteurs de toute la province de Liège.
"Depuis toujours, on prend des écarts de triage, c'est-à-dire que les pommes de table cultivées pour la grande distribution qui sont trop petites ou trop grosses, pas de la bonne couleur, etc. Mais depuis quelques années, le marché belge évolue vers la Jonagold, sans parler de la Pink Lady, etc. Ce sont des pommes douces, pas très acides et qui contiennent peu de pectine. Ce n'est pas l'idéal pour le sirop", avance Olivier Meurens, coadministrateur de la société créée en 1902. Aujourd'hui, la production de jus et de purée de fruits, d'ingrédients à destination de l'industrie alimentaire (à travers Solufruit), représente la moitié de son activité.
Depuis trois ans, la 4e génération Meurens à la tête de l'entreprise développe cette initiative qui vise à sécuriser l'approvisionnement local. "Ce type de projet a déjà existé avec la Cidrerie Stassen qui avait des vergers à son nom. Ici, on a réanalysé une centaine de variétés avec Marc Lateur, de la faculté de Gembloux, "Le" spécialiste. Et on en a sélectionné quatre qui rencontrent nos exigences." Dans les grandes lignes, des variétés qui, idéalement, se cueillent au même moment que les Jonagold et résistantes aux maladies. "On a aussi l'objectif de pouvoir passer peut-être en bio."
40 000 pommiers pour atteindre 25-30 % de la consommation
16 000 pommiers ont d'ores et déjà été commandés, et grandissent actuellement en pépinière. Mais à terme, c'est la plantation de 40 000 fruitiers qui est planifiée ( 360 000 € d'investissements si l'on compte 9 € de prix d'achat à l'unité ). "Cela va représenter 25-30 % de notre consommation de pommes. À terme, bien sûr, parce qu'ils ne vont pas porter directement. On estime avoir 1 600 tonnes en moyenne."
La Siroperie Meurens est désormais en quête d'arboriculteurs partenaires. De premiers contrats devaient être conclus ce 8 janvier 2026 lors d'une soirée de présentation. "Certains de nos fournisseurs de Jonagold étaient intéressés d'avoir cette culture typée industrie en complément. Et quand on voit les variations des prix des pommes de terre, des céréales, les derniers mois… Nous, on garantit un prix pendant 30 ans et qui augmente chaque année."
Une philosophie, "voir sur le long terme"
Ce type de partenariat avec les agriculteurs existait déjà pour l'approvisionnement en betteraves sucrières. "C'est dans notre philosophie, appuie Olivier Meurens. On voit à long terme. En 2022, on a sorti la datte de notre recette pour revenir à la recette originale : pommes, poires et sucre (NDLR : les dattes avaient été ajoutées en 1972 par manque de pommes et de poires). C'était aussi dans l'objectif de circuit court."
En 2026, l'entreprise familiale vise d'ailleurs l'obtention du label B Corp (label international pour les entreprises qui démontrent des performances sociales et environnementales élevées). "On ne le fait pas pour le certificat. Elle reflète un peu tout toutes les réflexions que l'on a toujours eues. Cela lui donne un nom."
Un titre et un chantier en vue pour débuter l'année 2026
La Siroperie Meurens commence également cette nouvelle année avec deux bonnes nouvelles. Son permis en poche, elle va pouvoir entamer en février son agrandissement sur le site d'Aubel : 1 000 mètres carrés pour installer 25 cuves de "process". De quoi permettre d'augmenter la production de 30 % !
Le nouveau format "squeeze" (bouteille souple à presser) du "Vrai sirop de Liège" a également été élu "produit de l'année" 2026. "On peut l'apposer pendant un an pour toute la Belgique. On a déjà essayé de l'avoir par le passé. On est très fiers. C'est une belle reconnaissance quand on voit à qui on était comparés, ce sont toujours des multinationales… On est petit, mais on avance !"
France Fouarge ( L'Avenir )
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Du vrai sirop de Liège : à Aubel, la siroperie Meurens réinvente 125 ans de tradition
La famille Meurens fabrique du sirop depuis près de 125 ans. La quatrième génération poursuit aujourd'hui l'aventure en alliant savoir-faire, modernisation et ambitions durables. En ce mois de décembre 2025, on prend la direction Aubel, en province de Liège, dans le cadre de notre série "Fiers de nos entreprises".
Quand on évoque Aubel, le sirop n'est jamais bien loin. Et derrière ce produit emblématique, il y a la famille Meurens. Depuis 1902, quatre générations transforment les pommes et les poires de la région en un concentré de goût qui traverse les décennies. "On a tous grandi avec le sirop. On en avait même sur nos sucettes quand nous étions enfants", sourit Olivier Meurens, qui a rejoint en 2021 son frère Patrick et son cousin Bernard aux commandes de la fameuse siroperie Meurens.
L'histoire commence à une époque où être près d'une voie ferrée était essentiel pour recevoir fruits et charbon. Au fil des années, l'entreprise devient un repère du paysage aubelois. Et si le temps passe, l'attachement local reste intact: 100% des fruits utilisés pour la marque "Du vrai sirop de Liège" sont cultivés à moins de 50 kilomètres autour de l'usine. Quant au personnel, une majorité vit dans la région. "Créer de l'emploi local, c'est capital pour nous", insiste Olivier Meurens.
Le sirop Meurens, c'est aussi une identité visuelle que tout le monde (re)connaît. Le pot bleu "repérable à trente mètres dans un rayon", reste la fierté de la famille. En 2022, l'emballage a été modernisé, mais sans trahir cette couleur devenue iconique. "Ça rassure. Les gens le connaissent depuis toujours", explique-t-il. Une tradition visuelle et un ADN inchangé, mais une entreprise en pleine transformation.
"On travaille comme des sportifs de haut niveau"
Lorsqu'Olivier Meurens rejoint la société en 2021, elle réalise 8 millions d'euros de chiffre d'affaires. Trois ans plus tard, en 2024, elle en affiche 17. Investissements massifs, automatisation, nouveau hall de stockage, production continue: la siroperie s'est remise au goût du jour. "On travaille comme des sportifs de haut niveau", assure notre interlocuteur.
À côté du sirop, l'entreprise a développé Solufruit en 2022, une division née de son expertise dans les fruits séchés. Aujourd'hui, elle exporte dans le monde entier (Canada, États-Unis et Chine, notamment) et représente la moitié de l'activité de la société Meurens.
De multiples innovations
2025 marque aussi une petite révolution dans les rayons: le format squeeze. Une bouteille souple, à presser comme on le ferait pour une sauce froide, pensée pour savourer le sirop autrement que sur une tartine. "On veut montrer qu'il a mille vies" ajoute Olivier. Glaces, pancakes, salades, yaourts… Trois saveurs pour commencer: pomme-poire, pomme-poire-abricot et pomme-poire-framboise. "On travaille également sur deux autres versions: gingembre et cannelle".
Et l'avenir s'annonce tout aussi ambitieux: certification B Corp (label international pour les entreprises qui démontrent des performances sociales et environnementales élevées) visée en 2026, électrification complète, neutralité carbone, nouveau site internet avec e-shop et même un projet d'achat de 40 000 pommiers pour sécuriser l'approvisionnement local sur plusieurs décennies. Et dans vingt ans ? Olivier Meurens hésite… "Je vois la siroperie exactement pareille… et totalement différente à la fois. Le sirop restera toujours notre cœur, mais on continuera d'innover". Une certitude, l'âme d'Aubel restera dans chaque pot.
Patrick Meurens et son palais veillent sur le goût du sirop
Patrick Meurens aime dire qu'il est "né dans la siroperie". Enfant, il observait les cuves, les gestes répétés des adultes et l'effervescence ambiante de l'usine. C'est là que ses papilles gustatives se sont formées, petit à petit, presque naturellement. En 2015, il rejoint officiellement l'entreprise familiale à un moment clé. "La société était à un tournant. Il fallait du renfort expérimenté et opérationnel rapidement", relate-t-il.
Aujourd'hui, Patrick Meurens est, entre autres choses, l'un des palais de la siroperie. Chaque heure, un échantillon de production est prélevé pour être dégusté. Toujours le même geste, le même ustensile, la même rigueur.
"Un bon sirop doit être gélifié, tartinable, jamais filant. Le goût doit rester constant toute l'année". La spécialité familiale, c'est de préserver la pectine de la pomme : "La pectine est la fibre naturelle utilisée comme agent épaississant, c'est en quelque sorte le gel du sirop. Chez Meurens, on n'utilise pas de pectine artificielle comme d'autres fabricants de sirop ou confitures".
Grâce à ces tests quotidiens, le moindre écart de texture ou d'arôme peut être repéré immédiatement. Certains dégustateurs externes croient encore sentir la datte dans la recette, alors qu'il n'y en a plus. "Ça nous fait sourire", confie l'Aubelois.
Depuis 2022, la siroperie a fait un choix symbolique : revenir à la recette originale (pommes, poires et sucre, tout simplement), sans dattes. Une décision rendue possible grâce au retour d'un approvisionnement suffisant en pommes et poires locales. " Historiquement, les dattes avaient été ajoutées dans les années 70, à une période où il manquait de fruits en Belgique", rappelle Olivier Meurens. Un retour aux sources que beaucoup n'ont même pas remarqué tant le goût reste fidèle, preuve que le savoir-faire, lui, n'a jamais quitté Aubel.
Diverses casquettes
Patrick Meurens, récemment devenu administrateur, tient un rôle transversal puisqu'il chapeaute la production, la qualité et le département technique.
Il touche à tout. Son quotidien : goûter, bien sûr, mais surtout anticiper, ajuster, surveiller, résoudre. Dans une usine qui tourne en continu (de jour comme de nuit avec le travail en 3x8, c'est-à-dire en pauses), il voit son rôle comme un soutien. "Je suis au service de l'équipe. Être disponible, à l'écoute, c'est essentiel. Si l'ambiance baisse ou si le moral n'est pas bon, la machine finit aussi par s'arrêter." Il cite volontiers la devise de son ancienne école (Gramme, à Liège), devenue sa philosophie quotidienne : savoir pour servir.
La siroperie Meurens en chiffres
1902 C'est l'année de fondation de la Siroperie Meurens, rue de la Kan à Aubel.
2 246 Soit le nombre de tonnes de sirop produites en 2024 par l'entreprise aubeloise.
8 000 Comme les tonnes de pommes et de poires achetées par an.
1947 L'année de création de la marque "Du vrai sirop de Liège", de quoi s'appuyer sur un nom plus connu et une géographie dépassant largement les contrées aubeloises.
17 En millions, c'est le chiffre d'affaires 2024.
2027 Dans deux ans, l'entreprise célébrera ses 125 ans de savoir-faire familial.
Catherine LONNEUX ( L’Avenir )























